The Ascension (1775),
par Jonh Singleton Copley

Oui, je vous le dis, je vais prendre mon envol vers les sommets triomphants du Bonheur, de la Gloire et de la Plus Haute Sainteté. Appelé par l'au-delà du Ciel, en pénitent de Joie, je m'élèverai dans un concert de harpes lointaines, célébrant, de mes ferventes mains de prière, la si belle épiphanie qui, à tous, nous aura été octroyée. Pour ce faire, quelqu'un pourrait-il juste dénouer la petite ficelle blanche qui est attachée au piquet ? Merci. Il me semble déjà entendre les Bienfaisantes harmonies du grand chœur des Anges et des Saints venus en foule pour communier sur l'esplanade monumentale du céleste palais de Notre Créateur. Une Grande Bonté inonde mon cœur. Quelqu'un, je répète, pourrait-il être assez gentil pour venir détacher cette ficelle ? Oui, je vais m'envoler pour me perdre dans les nuées éthérées de la Grande Question, et qu'importe si les orages du Doute et du Remords font tanguer mes ailes éployées. En tout lieu et en tout temps, le vent puissant de Sa Parole me portera ! Vous pourriez couper cette ficelle, putain ? Et de là-haut, mes amis, j'intercéderai en votre faveur. Je me ferai l'apôtre de vos joies et de vos peines. Et sur vos têtes, pieusement baissées, descendra la Lumière qui, à tous, homme, femme, enfant, épagneul, fennec.. palourde, montrera le chemin de l'Amour. Coupez-moi cette saloperie de putain de ficelle ! Vous êtes de cons ! Je vous emmerde, vous me faites chier, vous êtes des incapables. Je vais en prendre un et je vous garantis, celui-là, il regrettera d'avoir quitté le ventre de sa mère ! Bordel  ! Virez-moi cette ficelle ! Et dans les limbes mystérieux où mon vol me portera, se révéleront à moi les secrètes lois de la Création et de l'Univers. La sagesse de Son Verbe, enfin, coulera dans mes veines et, alors, je pourrai, à mon tour, rayonner humblement à Ses côtés et faire advenir sur Terre les Bienfaits et les Miracles que le peuple de Notre Seigneur, de sa voix éplorée et pure, appelle en vain, mais avec confiance, depuis tant de siècles. Mais tous ces super trucs, uniquement si un débile moins con que les autres arrive à virer cette ficelle. Voilà. J'ai plus envie de m'énerver. Je suis calme. Extrêmement déçu, mais calme. Résigné... La ficelle, s'il vous plaît... Merci. Et le premier qui essaie de faire le malin en redisant encore une fois que j'ai pété un câble, je lui confisque son porte-clé lumineux. Désolé, mais le temps des relations copain-copain me semble révolu. Et pour la ficelle à détacher, je suis toujours intéressé. Je l'indique, sans plus. Pas de stress. Voilà. J'attends, tranquillement. Sereinement. Et sans aucune haine.