JJRL_016

« Ma tante, je vous présente Jérémy Fouquier.
— Vous auriez pu me prévenir, Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Pardon, ma tante.
— Vous allez bien Jérémy ? Que faites-vous dans la vie ?
— Je travaille dans la communication culturelle.
— Quel métier atroce.Vous devez être un garçon courageux. Félicitations.
— Mais, ma tante, Jérémy adore son métier.
— Taisez-vous, Jean-Jacques Royer Legrand. Si Jérémy a quelque chose à dire, il est assez grand pour le faire lui-même.
— Certes, ma tante.
— Comme vous le voyez tous les deux, je suis en train de me vernir les ongles des pieds.
— Désolé, ma tante, nous vous dérangeons.
— Jean-Jacques Royer-Legrand, cessez vos excuses hypocrites. Jérémy, voudriez-vous me passer le coton ?
— Mais certainement. Ce vernis prune s'accorde superbement à votre carnation de blonde, madame.
— Passez-moi aussi le dissolvant à étiquette bleue, sur le lavabo, Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Voici le coton et le dissolvant, ma tante.
— Où est passé Jérémy ?
— Il a exprimé le besoin de se rendre aux toilettes, toutes affaires cessantes, ma tante.
— Vous le connaissez depuis longtemps ?
— Six mois, ma tante. Je l'ai rencontré à l'exposition Lucian Freud. Et depuis, il m'appelle tous les jours. Il me fait découvrir la vie culturelle de Paris. C'est un compagnon très disert, drôle et prévenant.
— Je vois. Et votre petite histoire de fesses avec Nathalie ?
— Euh... nous avons rompu, ma tante. Il y a six mois, justement.
— Votre Jérémy a une petite amie ou une fiancée, je suppose.
— Il ne me semble pas, ma tante. C'est un garçon peut-être un peu timide avec les filles, malgré son apparente aisance à converser sans effort avec tout un chacun.
— Oui, j'imagine. Vous vous êtes trouvé une nouvelle petite sotte qui accepte de se laisser sauter par vous ?
— Vous exagérez, ma tante. Nathalie a quand même fait HEC.
— Répondez à ma question, Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Depuis que j'ai rencontré Jérémy, j'avoue avoir peu de temps pour rencontrer de nouvelles jeunes filles. Nous passons notre temps au cinéma, dans les musées, dans les discothèques...
— Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Ma tante ?
— Vous êtes en train de devenir homosexuel.
— Mais pas du tout. Taisez-vous, Jérémy revient.
— Passez-moi le petit flacon rose, sur la table. Ah, Jérémy, vous revoilà. Jean-Jacques Royer-Legrand ne tarit pas d'éloges à votre sujet. N'est-ce pas Jean-Jacques Royer-Legrand ?
— Jérémy est un excellent camarade, ma tante.
— C'est ce que je vois. Toujours fourrés ensemble, si je puis dire. Bien, messieurs, je ne vais pas pouvoir vous garder plus longtemps. Une femme a des secrets qu'elle tient à ne pas révéler au monde entier. Vous me comprenez, Jérémy.
— Tout à fait madame. Très heureux d'avoir fait votre connaissance.
— Allez les garçons, disparaissez de ma salle de bain. Et dites-moi, Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Ma tante.
— Arrangez-vous pour être libre vendredi soir.
— Ça tombe mal, ma tante. Jérémy et moi avons prévu...
— C'est juste un petit dîner avec les Rochefoucaud. Il y aura leur fille cadette, Laetitia, dont je vous ai déjà parlé.
— Bien, ma tante.
— Comme c'est un peu familial, je crains que Jérémy ne puisse venir, pour cette fois.
— Ce n'est pas grave, ma tante. Jérémy le comprends très bien. N'est-ce pas Jérémy ?
— Je déteste jouer le rôle de l'intrus. On se retrouvera après au Fulton, si tu veux.
— Oui, bonne idée. Au revoir ma tante.
— Adieu les garçons. Une dernière chose, Jean-Jacques Royer-Legrand.
— Ma tante ?
— Ne mettez pas votre portable sur messagerie, contrairement à votre habitude. Je pense que j'aurai besoin de vous parler dans l'après-midi.
— Avec plaisir, ma tante. Votre vernis est vraiment superbe ! ».